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Portrait de Sylvain Tesson

Écrivain baroudeur fascinant et talentueux, amoureux des grands espaces et des aventures au long cours, Sylvain Tesson a pourtant du ralentir le train effréné de son existence. La faute à son goût prononcé pour la stégophilie.
Mais ce qui nous a intéressé chez cet aventurier, c’est sa plume, son amour de la Russie. C’est, entre autre, cette passion qui a inspiré l’équipe Huwans pour sa Grande Expédition Sibérie 2016.

Il y a maintenant plus d’un an, Sylvain Tesson a lourdement chuté lors de l’escalade d’un chalet à Chamonix.
De sa jeunesse, l’écrivain-voyageur a conservé cette habitude de se jouer des façades, de prendre de la hauteur et de se balader sur les toits. L’exercice a un nom, la stégophilie. Parmi ses faits d’armes, des immeubles anonymes mais aussi Notre-Dame de Paris, la tour Eiffel ou encore le Mont-Saint-Michel.
En janvier dernier, il évoque cette astreinte à l’immobilité dans M, le magazine du Monde. « Ces trois mois de repos, de sobriété, de silence, d’examen de moi-même ont été bénéfiques. Ma vie était un carnaval endiablé et légèrement suicidaire, il était bon de ralentir un peu les chaudières intérieures, de descendre du train. Je conserve une paralysie de la face qui me donne un air de lieutenant prussien de 1 870. J’ai aussi perdu l’ouïe à l’oreille droite mais, étant partisan du silence, que René Char appelait “l’étui de la vérité”, je ne m’en plains pas. Notre société est devenue hystérique et bruyante. »

Philosophie de voyage « La Marche dans le ciel »

Au fil des parutions, de films et d’allers-retours entre son appartement du Quartier latin et les sentiers du bout du monde, son aura a dépassé le cercle confidentiel de la littérature « voyage ». Son premier fait d’arme marquant remonte à 1996, en compagnie de son copain de lycée, Alexandre Poussin, étudiant géographe comme lui. Ayant fraîchement bouclé leurs études, le duo a des envies d’ailleurs et se lance dans un tour du monde à vélo.
Trois ans plus tard, ils traversent l’Himalaya à pied, en passant clandestinement au Tibet. Un second livre paraît : La Marche dans le ciel : 5 000 km à pied à travers l’Himalaya. Ils posent les bases de leur philosophie du voyage. Radicale, engagée au sens humain du terme. Le défi physique et la simplicité de la route donnent l’ampleur de l’épure.

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Seul sur « L’Axe du loup »

Après avoir chevauché dans les steppes d’Asie centrale avec Priscilia Tellmon, c’est seul qu’il poursuit sa route. Il nous bluffe souvent par ses paris un peu fous et sa capacité à avaler les kilomètres dans des terres parfois hostiles, à pied, à cheval ou à vélo, en se jouant toujours des écueils, mais toujours avec un amour profond pour les peuples et les étendues de l’Est et de l’ancienne URSS.
Nouveau tour de force, depuis Irkoutsk il se rend jusqu’à Calcutta via la Chine et le Tibet, à pied ou à vélo. Il retrace ainsi l’itinéraire des évadés du goulag, en suivant à la lettre le témoignage de Slavomir Rawicz rapporté dans À marche forcée. Sylvain Tesson retranscrit sa propre lecture dans L’axe du loup.

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L’inspiration trouvée « Dans les forêts de Sibérie »

Les éloges pleuvent, les ventes aussi. Dans les forêts de Sibérie est vendu à plus de 100 000 exemplaires en deux mois, avant d’être récompensé du prestigieux prix Médicis.
Ces forêts de Sibérie inspirent le journal de bord de six mois d’hiver et de printemps dans les paysages sauvages de la taïga, où il vit seul dans une cabane près du lac Baïkal. Dans un confort spartiate, il alterne le plaisir des bonheurs simples, l’ennui, le désespoir parfois, et la paix intérieure. Il plonge avec délectation dans les livres qu’il a embarqués, s’amourache de deux chiens et deux mésanges.
Il s’enfonce dans la neige et parcourt des kilomètres pour trouver la compagnie d’un soir et partager l’ivresse de la vodka afin de quitter quelques heures le poids de la solitude. Il renoue avec la beauté de la simplicité et dresse l’éloge de la liberté intérieure avec un art littéraire et un sens de la formule qui touchent juste. Un livre qui suscite aussi des vocations et des envies chez Huwans. Notre Grande Expédition 2 016 sur les routes de la Sibérie est un hommage à Sylvain Tesson. Un hommage à celui qui donne aujourd’hui encore un sens au mot aventure.

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Vers de nouvelles aventures

Pour la rédaction de cet article, nous souhaitions lui poser quelques questions. Pourtant désireux de nous faciliter l’entretien, malgré les contraintes de planning de son auteur, son éditeur nous transmet finalement le numéro de sa ligne personnelle.
Le téléphone sonne plusieurs fois dans le vide, nous ne pourrons pas nous parler. « Ça risque d’être compliqué, il doit partir grimper dans les Alpes demain. »
Pas de murs de chalet au programme, juste le plaisir de la montagne.
Le savoir reparti pour de nouveaux épisodes d’escalade et d’alpinisme est finalement la meilleure des réponses que nous aurions pu espérer.

Découvrez l’article complet dans notre magazine Huwans.

Crédit photos : CH.Raylat-Edition Guérin, Thorsten Henn, Stan Fautré, I.Musyka

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