Zoltan, voyageur Huwans, dans le mythique train malgache

C’est avec le soleil levant que nous prenons notre petit déjeuner. Nous quittons le canal des Pangalanes et momentanément les superbes plages de l’océan Indien pour embarquer dans un voyage inoubliable : de Manakara à Fianarantsoa, le « Petit train des falaises » ou mieux encore TGV pour «Train à grandes vibrations » ainsi baptisé avec humour par les voyageurs du coin.
Nous sommes certain de l’horaire, 6h45, mais pas du départ réel.
Il nous faut pour accomplir la distance de plus ou moins 165 km, celle qui relie ces deux villes, entre 8 et 15 heures de voyage. Et puisque l’on parle chiffres, 1.100 m de dénivelé, 17 gares, 67 ponts et 48 tunnels, ainsi que des pentes à plus de 3%, voilà de quoi faire de cette journée une belle promesse d ‘aventure.

Départ imminent vers Fianarantsoa

Les sons matinaux, une lumière qui modèle, c’est un plateau de cinéma vérité où je puise mes images. Photographies et prises de vues vidéo alterneront ce périple, un choix qui se doit d’être rapide et instinctif.
Ce matin, la locomotive héritée du temps passé semble poser problème. L’action est là, et moi spectateur, je me délecte à l’écoute du langage, du jeu des personnages devenu le temps de l’action, des comédiens de tout premier ordre. En fond, des bruits de la réparation amplifiant l’espace de l’image.
La vétusté visuelle du convoi n’est que relative. Le mécanicien, les oreilles à l’écoute, échange des propos à l’allure musicale via son téléphone portable. Le diagnostique est immédiat. Une pression de burette d’huile de-ci de-là, une vidange, quelques coups de marteau.

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Reflet de la vie malgache

Dès le départ, c’est des vibrations en veux-tu en voilà … pas facile dès lors de garder une belle stabilité. La vitesse voisine entre 20 km/h de moyenne et des pointes de 30.
Déjà les premières haltes, les premiers chargements, les bras levés, tendus vers les fenêtres.
Des plateaux de victuailles circulent virevoltant : viandes rôties, pâtisseries, sucreries, des épices aussi, poivre rose, clou de girofle, piments séchés … Un tournis de formes et de couleurs sous un ciel d’un bleu magique et surtout la beauté de ces gens. Cela grouille de vie.
On achète des litchis, bananes comme petits en cas, mais surtout on n’oublie pas les épices qui une fois rentré chez nous accommoderons nos plats. Alors nous évoquerons les souvenirs liés à ce périple. Ces parfums dynamiserons aussi l’intérieur olfactif de notre sac de voyage.

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Une population digne

Les wagons sont l’endroit des rencontres.
Je croise deux jeunes filles, françaises et missionnaires qui au démarrage du convoi, balancent au travers de la fenêtre des tracts religieux virvoletant sur les quais, deux nonnes aussi occupant allègrement avec leurs bagages, l’espace de quatre. Il y a une pauvreté certaine, mais qui n’est pas miséreuse mais digne. Je suis admiratif devant la beauté de ce peuple, le courage développé pour peu de récompenses, juste de quoi de remplir l’assiette familiale.
Il nous est facile pour nous privilégié de regarder, mais tellement important de voir et d’ouvrir ses yeux sur cette réalité quotidienne. Il est nécessaire et salutaire pour nous de retrouver par ces voyages l’essence humaine et naturelle du monde.

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Le rire, les regards : un langage universel

Pour nous, ne possédant pas la langue, ce sera un propos échangé sous la forme d’un regard ou d’un sourire, d’une aide pour le port d’un sac, d’un bras tendu lors de la montée dans le compartiment aux abords d’un quai inexistant et malgré tout d’une tentative de conversation gestuelle.
Tout au long du parcours, des palabres, des dialogues, des rires, des jeux d’enfants animent la route. Curiosité d’une part, intérêt de l’autre, ces échanges brefs sont capturés et figés dans les images que je ramène, elles sont les traces d’un réel bien vécu et intense dans la proposition.
Ainsi le voyage se poursuit avec à chacune des haltes des rencontres nouvelles, puis le soir arrive.

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Retour au plancher des vaches

La lune est absente. C’est dans la nuit noire que l’on chemine. Des lumières éphémères tournoient autour de nous. La chaleur moite nous dessèche la gorge, il nous reste quelques litchis, on se les partage. C’est long et maintenant monotone. Nous sommes sur le final. C’est la montée vers la ville de Fianarantsoa. Il pleut, le convoi patine. Nous avançons à pas d’homme, on s’arrête, on repart, on ralenti, … on sable la voie.
On y voit rien, nous sommes dans un des derniers tunnels ! Avec la fatigue de la route, la douleur des fessiers non habitués à ces conditions de confort pourtant de première classe, on somnole.
Enfin le terminus.
On retrouve le plancher des vaches. Un minibus nous conduit à l’hôtel. La douche bien nécessaire, un lit confortable, un repas bien garni dressé sur la table de notre chambre sont les desserts d’une journée bien remplie.

© Zoltan Papdi 2014-7722

Pour en savoir plus sur cette aventure en train, découvrez toutes ses photos et la vidéo de son trajet.
Voir le circuit Huwans de Zoltan.

Crédit photos : © Zoltan Papdi

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